vant d'échouer sur le bord sauvage d'une rivière et sous sa forme " installation ", "Grève" est constituée de gestes d'artistes, d'oeuvres imperceptibles, dispersées au hasard, dans ce qui pourrait être la métaphore du désordre ordinaire des choses: un tas de pierres.

Ces objets, galets et bois gravés de trace de lumière, terres cuites brisées couvertes de signes, résines aux mystérieux reflets, châteaux de sable ou bâteaux de papier... sont autant de paroles, d'indices, de rêves et de mémoires d'homme.
Objets oubliés aussi, oeuvres clandestines, jetées à la nature comme choses faites, abandonnées peut-être, ces oeuvres revendiquent l'anonymat des formes nées de l'action vive de l'eau, de celle patiente du temps sur les choses, "car ce qui crée en nous n'a point de nom "...

Petites pièces à conviction de la création humaine ou énigmes de la nature? ces choses minuscules sont taillées dans la matière du doute, car " n'arrive-t-il pas quelques fois qu'un éclat de silex fasse hésiter l'Histoire entre l'oeuvre et le hasard? " ...
Etrange mesure d'une oeuvre sans forme... perdue dans les formes d'un chaos... Elle attend, l'oeuvre, cette chose dite qui résume et condense dans l'urgence de toute création humaine le lent travail du temps sur la matière; elle attend l'oeuvre, cette chose digne, dans l'anonymat que lui confère son contexte inattendu, d'être découverte, distinguée, identifiée et choisie par celui qui a gardé ses yeux d'enfants, celui qui sait voir dans la confusion apparente, l'unique, le particulier, le beau, le sens.

Destin de l'oeuvre d'exister par sa découverte... Dans son état d'épave partageant le sort des choses indistinctes et indicibles du monde, ce produit de la sagesse de l'homme rejoindra peut-être la collection secrète d'un fond de poche ou d'un cabinet de curiosités personnel, soudain promu au rang de merveille, trésor confidentiel d'un musée imaginaire... 

Dominique de Bardonnèche Berglund